Sur les 760 548 logements que compte l'Hérault, 53,3 % sont chauffés à l'électricité — plus d'un sur deux. C'est le fait dominant du parc résidentiel héraultais, et il a une conséquence directe : dans ce département, l'installation électrique n'est pas un équipement d'appoint, c'est l'organe vital du logement.
Mais derrière cette moyenne, le département se sépare nettement en deux ensembles qui appellent des interventions opposées.
Ce qu'on croyait, et ce que disent les chiffres
L'intuition la plus répandue veut qu'un logement ancien et un logement chauffé à l'électricité soient le même logement, doublement fragile. Les données de l'Hérault disent le contraire.
Rapportée aux 17 intercommunalités du département, la relation entre la part du parc construit avant 1975 et la part du chauffage électrique est négative : −0,63. Plus le parc est ancien, moins il est chauffé à l'électricité.
Deux cartes, deux problèmes : le parc ancien à l'intérieur, le chauffage électrique sur le littoral
Part des logements construits avant 1975 (à gauche) et part des logements chauffés à l'électricité (à droite), par intercommunalité. Seules les valeurs publiées dans l'étude sont colorées ; les intercommunalités non citées restent en gris.
Part des logements construits avant 1975
Moyenne départementale : 21,9 %
Part des logements chauffés à l’électricité
Moyenne départementale : 53,3 %
Le premier Hérault : celui dont l'installation a vieilli
Dans le nord et l'ouest du département, la vétusté domine.
Nord et ouest : près d'un logement sur deux construit avant 1975
| Intercommunalité | Parc avant 1975 | Chauffage électrique |
|---|---|---|
| CC du Minervois au Caroux | 48,9 % | 36,4 % |
| CC Grand Orb | 45,1 % | 45,2 % |
| CC du Haut-Languedoc | 45,0 % | 19,3 % |
| CC Sud-Hérault | 41,3 % | 56,4 % |
| Moyenne départementale | 21,9 % | 53,3 % |
Près d'un logement sur deux y a été construit avant 1975 — plus du double de la moyenne départementale, qui s'établit à 21,9 %.
Ce que cela signifie concrètement : ce sont des installations conçues avant la généralisation de la norme NF C 15-100 telle qu'on la connaît. Tableaux à fusibles porcelaine plutôt que disjoncteurs, absence de prise de terre ou de liaison équipotentielle dans la salle de bains, sections de câbles calculées pour un usage domestique des années soixante. Le problème n'est pas la puissance appelée : c'est la conformité et la sécurité de l'installation elle-même. Les chantiers correspondants sont des reprises complètes, longues et coûteuses.
Le second Hérault : celui dont l'installation est récente mais saturée
Sur le littoral, le parc est neuf et le problème est inverse.
Littoral : un parc récent, massivement électrique
| Intercommunalité | Parc avant 1975 | Chauffage électrique |
|---|---|---|
| CA du Pays de l'Or | 11,0 % | 62,6 % |
| CA Hérault-Méditerranée | 22,3 % | 68,3 % |
| Moyenne départementale | 21,9 % | 53,3 % |
La communauté d'agglomération du Pays de l'Or affiche le parc le plus récent du département — 11,0 % de logements antérieurs à 1975, soit deux fois moins que la moyenne — et l'un des taux de chauffage électrique les plus élevés.
Ici, l'installation est aux normes. Ce qui manque, c'est de la marge. Un tableau dimensionné dans les années 1990 pour des convecteurs et un chauffe-eau doit aujourd'hui alimenter une climatisation réversible, des plaques à induction, un ballon thermodynamique et, de plus en plus souvent, une borne de recharge de véhicule. La question n'est plus la conformité, c'est la puissance disponible, la répartition des circuits et le calibrage du tableau.
Une charge par artisan qui varie de 1 à 6
Croiser ces parcs avec le nombre d'électriciens réellement installés fait apparaître un troisième écart. En rapportant le volume de logements concernés au nombre d'électriciens actifs de chaque bassin, le rapport va de 1 à 6 entre intercommunalités :
Volume de logements concernés par électricien actif
Du plus chargé au moins chargé. Entre Grand Orb et le Grand Pic Saint-Loup, le rapport est de 1 à 6.
Le département compte 3 009 électriciens actifs pour 760 548 logements, soit un professionnel pour 253 logements. Cette moyenne recouvre des situations très éloignées les unes des autres.
Pourquoi cette lecture compte
Elle change la question à poser : dans l'arrière-pays, « mon installation est-elle conforme ? » ; sur le littoral, « mon tableau tient-il la charge de ce que j'y ai branché ? »
Elle dessine deux marchés distincts, avec des compétences, des durées de chantier et des tickets moyens différents.
Elle indique où porter l'effort d'accompagnement à la rénovation — et le volet suivant montre que ce n'est pas là où on l'attend.